Interprètes de conférence: curiosité, terminologie et Maître Marc Bonnant.

Par   19 juin 2016

Par Joseph Rurangwa

21 ans après mon premier passage en cabine française (Kigali, 1995), je me trouve aujourd’hui particulièrement intéressé par quelques rares secteurs et sous-secteurs spécialisés: depuis peu, (2015), je me suis penché régulièrement sur des articles de journaux portant sur le secteur pétrolier vu la volatilité des cours et leurs impacts directs sur les économies africaines dépendant principalement de l’or noir (Algérie, Angola, Gabon, Guinée équatoriale, Lybie, Nigéria). Les conséquences économiques sont assez inquiétantes lorsqu’on y ajoute la contagion aux autres matières premières (agricoles et minières) du continent avec des risques d’instabilité économique et ensuite politique.
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Entre 1999 et 2004, je me suis retrouvé dans le monde des économétriciens à Nairobi, quelle expérience inoubliable ! Ceux qui ont travaillé pour le CREA (Consortium de recherche économique en Afrique) savent à quoi je fais allusion: le modèle d’équilibre général calculable (computable general equilibrium, CGE), les régressions logit polytomiques/multinomiaux (multinomial logit regressions), les équations probit/tobit (probit/tobit equations), les modèles vectoriels autoregressifs (vector autoregression, VAR), les modèles vectoriels à correction d’erreurs (vector error correction models, VEC), la courbe de Lorentz (Lorentz curve), l’échantillonnage aléatoire (random sampling), le coéfficient de Gini, l’écart-type (standard deviation) et j’en passe.

Après mon premier contrat avec le FMI (Bujumbura, 2005), j’ai été passionné par le travail des macroéconomistes (inflation, instabilité du taux de change, taux d’intérêt, taux directeurs des banques centrales, investissements directs étrangers, taux de croissance, balance des paiements, déficit du compte courant, déficit budgétaire, apurement de la dette, rétrocession aux entreprises publiques, transferts de la diaspora, etc). La terminologie y est foisonnante pour notre métier. En 2007, je me retrouve à une réunion de l’OACI encore une fois à Nairobi. Certains se rappelleront du péril/risque aviaire (bird hazard), de la différence entre surêté aérienne et sécurité des vols (aviation security and flight safety), des régions d’information de vol (FIR, flight information region), du roulage au sol de l’avion (taxiing) ou encore des aires de stationnement (parking aprons).

Une année avant la crise financière de 2008, je me suis laissé fasciner par les grandes banques d’investissement américaines (Merril Lynch, JP Morgan, Morgan Stanley, Bear Stearns, Lehman Brothers, Citibank, Chase Manhattan, Goldman Sachs…)…avec notamment les fameux CDOs (collateralised debt obligations), les CDS (credit-default swaps) et les sub-prime. Puis le chaos financier de 2008 arriva : Lehman Brothers fit faillite, Chase Manhattan fusionna avec JP Morgan, Bank of America racheta Merril Lynch, Bear Stearns fut à son tour racheté par JP Morgan et ainsi de suite. Un vrai tsunami économique avait ensuite balayé l’économie mondiale. Quelle affaire !
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Un autre monde que j’ai trouvé intellectuellement enrichissant avec mon passage à la CPI (2010, La Haye) est le Droit international pénal (International Criminal Law) et ne jamais dire Droit pénal international, c’est un Droit internationalement négocié s’appliquant au secteur pénal. Hormis les quelques tribunaux internationaux ad hoc de 1945 à 2010 (Nuremberg, Cambodge, Ex-Yougoslavie, Rwanda, Sierra-Léone et Liban), compter sur la CPI avec son Statut de Rome (1998) (couvrant les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide). Vous y apprendrez entre autres expressions un témoin hostile (a hostile witness), une audience à huis-clos partiel (a private session), une audience à huis clos (a closed session), une décision orale (an oral decision), une chambre préliminaire (pre-trial chamber), une opinion dissidente (a dissenting view), une conférence de mise en état (a status conference), l’autorité de la chose jugée (res judicata), des preuves admissibles (receivable evidence), des affaires recevables (receivable cases).
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Et enfin, pour ceux qui aiment les grands orateurs et les grands rhéteurs, je vous convie à découvrir mon favori, le Mozart du barreau, le Bossuet des tribunaux, le meilleur improvisateur d’Europe selon certains, Maître MARC BONNANT, avocat suisse épinglé (de la légion d’honneur) pour services rendus au rayonnement de la langue et de la culture françaises. Cliquer sur le lien suivant pour une de ses vidéos:

https://www.youtube.com/watch?v=qJGE8gh4KFc&feature=youtu.be

A propos de l’auteur

Joseph Rurangwa est un interprète (cabine française et membre de l’AIIC) qui a principalement évolué en freelance pendant 16 ans en Afrique de l’Est (en Ethiopie, au Kenya, au Rwanda, son pays, et en Ouganda). Il est depuis 2011 Interprète principal au Département des services linguistiques de la Banque africaine de développement (BAD) d’abord à Tunis puis à Abidjan depuis 2014. Passionné par l’excellence de la communication en conférences internationales, il est, comme la majorité des praticiens du métier, de la catégorie de ceux que l’on appelle les ‘héros dans l’ombre’. Ses intérêts actuels portent sur la macroéconomie et le pétrole.

Un commentaire sur “Interprètes de conférence: curiosité, terminologie et Maître Marc Bonnant.

  1. kossi agbolo

    Je suis fasciné par cet article, je vois que la barre est placée très haut et que je dois faire tout pour l’atteindre

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