Ce poulet était indigeste

Par   30 juin 2017

Par Elolo Kumodzi, 30 juin 2017

Les jeunes lecteurs se demanderont pourquoi le ce court article a pour titre : ‘’ce poulet était indigeste’’. Avec un peu de patience, ils comprendront. J’adore le poulet. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Je le préfère au mouton, au porc, au lapin. Ma mère vous le confirmera. J’en ai même fait l’élevage. Mon amour immodéré pour le poulet a malheureusement pris un sacré coup les 13, 14 et 15 juin 2017 à Lomé à l’Hôtel Concorde.

Poulet indigesteContacté une semaine plus tôt pour couvrir un symposium international sur le thème : la production de volailles dans les conditions climatiques chaudes et humides, j’ai fait appel à mon excellent collègue du Ghana, le Dr Steven Syme pour les besoins de la cause. Inutile de rappeler que nous avons insisté pour avoir les documents devant nous permettre de nous familiariser au jargon des sciences aviaires des éminents chercheurs devant prendre part à la rencontre de Lomé. De guerre lasse, mon compagnon d’infortune et moi nous sommes résolus à faire des recherches à partir de moteurs de recherche comme Google et à ressortir certains documents de la FAO de nos vieilles archives poussiéreuses.

Le Jour J arriva. Malgré notre immense expérience acquise après de nombreuses années d’exercice de la profession, la cérémonie d’ouverture sera un véritable calvaire pour nous. Et pourtant le pire restait à venir : pour donner aux lecteurs une idée de la difficile tâche à nous confiée, je me permets de partager avec eux le programme de ladite conférence.

 

11h00-11h45 Research priorities for poultry production in tropical areas and for West Africa in particular 
11h45-12h30 Global poultry meat and egg production and consumption with their problems and challenges. 
14h00 – 14h45 Thermoregulation in poultry 
14h45-15h00 Effets de l’incorporation des termites dans l’aliment sur les performances de croissance des poussins locaux au Togo 
15h00-15h15 Amélioration des performances de croissance de la poule locale par croisement avec le poulet de chair de souche Cobb au Togo 
15h45 – 16h30 Epigenetics for heat tolerance
16h30 – 16h45 Effects of cold embryo acclimation for improving adaptive capacities in meat-type chicken
16h45 –17h30 Relationship between hatching egg quality or incubation conditions and day-old chick quality
8h30-9h15 Feed additives for climatic stress
9h15 – 9h30 Effets  anthelminthiques des graines de papaye (Carica papaya) sur les parasites gastro-intestinaux des coquelets.
9h30 – 9h45 Performance and carcass yield of broiler chickens fed millet based diets supplemented with enzymes
9h45 – 10h15 Biofortification of Selenium in animal husbandry, Laying hens and egg production in hot climate conditionsEgg laying Performance and External Quality Traits of Poultry Birds Fed Sorghum Based Diets as a Replacement for Maize in Nigeria.Effet de l’incorporation des gousses du Faidherbia albida dans l’alimentation sur les performances de ponte et la qualité des œufs des poules pondeuses au Niger pour ne citer que ceux-là

 

A la lecture du programme de travail, le jeune interprète comprendra aisément combien l’exercice aura été périlleux pour nous. Pour faire face aux multiples difficultés liées au caractère très technique du Symposium, nos glossaires devaient être préparés au fur et à mesure qu’il se déroulait. Nos aides à la traduction du genre linguee.fr, interplex, glossaire de la FAO, Google Translate étaient en permanence affichées sur nos écrans. Nous avons dû resserrer les coudes et se chuchoter mutuellement les termes et concepts car nous étions une vraie équipe.

Difficultés : une telle réunion aurait dû à la vérité s’étaler sur au moins 5 jours mais elle n’a été finalement concentrée que sur trois jours. C’est la pratique à laquelle hélas les interprètes sont de plus en plus soumis. Les communicateurs arrivés à Lomé avec dans leurs bagages des présentations prévues pour durer 45 minutes n’ont eu droit qu’à 15 minutes pour le faire. La rétro-projection affichait des caractères si petits que même un télescope n’aurait point permis aux interprètes depuis leurs cabines d’en faire la lecture. Par moments, il a fallu demander aux chercheurs de nous filer quelques termes ou concepts.

Alors balloté au gré des poulaillers, des aliments du bétail, des pondeuses, des poulets de chair, des techniques d’élevage, des produits vétérinaires, des couvées et autres termes barbares propres aux protagonistes de la science aviaire, nous n’avions eu finalement notre salut qu’à notre expérience. Nous y avons laissé peut-être beaucoup de plumes mais la peau est encore sauve. Tant mieux !

journee difficileLorsque vient le moment de procéder à la clôture du Symposium et que le principal organisateur, Professeur de son état, nous adresse ses sincères félicitations et remerciements pour la qualité du travail effectué, notre fierté est grande mais à quel prix !

Sa réunion aura réussi à me faire perdre le goût du poulet, même si nous avons été rapidement payés, ce qui n’était plus la norme depuis mon retour au Togo. Du coup, le Ramadan a été festif mais une chose est sûre : il n’y a pas du poulet au menu.

 

A propos de l’auteur

IMG-20170630-WA0010Elolo Kumodzi est une référence dans le monde de l’interprétation de conférence en Afrique et dans le monde. Cabine française de son état, Elolo Kumodzi a mis son savoir-faire au service du continent africain de l’ouest à l’est, du sud au nord. A sa retraite au Tribunal pénal international pour le Rwanda, il est rentré au Togo où il a œuvré à la création de l’Association des interprètes de conférence du Togo (AICT). Elolo Kumodzi est une sommité qui n’hésite pas à s’investir énormément dans les affaires, le social, le caritatif et surtout le culturel! Dans son élan de générosité et d’ouverture qu’on lui connait, il avait en son temps accordé un entretien à cœur ouvert à notre plateforme MLI-BAS accessible au lien: http://mli-benin.com/interview-sommite-interpretation-en-afrique/

2 commentaires sur “Ce poulet était indigeste

  1. Achille Yaya

    Très instructif! Toute l’excitation de s’engager dans la profession risque de nous laisser face à la dure réalité de l’organisation des conférences en Afrique. Mais comme vous l’avez si bien dit  »on peut y laisser des plumes mais pas la peau ». Merci pour le partage cher doyen. Au plaisir de vous lire!

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